Haut-Karabakh: des relations porteuses de morts entre Turquie, Azerbaïdjan et Israel

La doctrine turque de R. T. Erdogan en ce qui concerne l’Azerbaïdjan est simple :« une nation deux états». Elle se complète par une autre expression lapidaire dont use le nouveau sultan: la Turquie c’est: « une religion, une langue, une nation », sachant que la seule religion ayant droit de cité est exclusivement l’Islam sunnite. C’est le slogan des Jeunes-turcs hypernationalistes qui a entraîné la disparition, dans d’atroces circonstances, des chrétiens (Arméniens, Syriaques, Grecs …) d’Anatolie. Ce fut le premier génocide du 20ème siècle.

Dans l’esprit du dictateur turc il ne reste guère de place pour des minorités : c’est ce qui se passe avec les kurdes dans le sud-est du pays. En effet, la Turquie est en guerre contre une partie de sa population kurde. Cette population fut jadis manipulée par l’Empire Ottoman pour rançonner, terrifier et assassiner les Arméniens. Elle est devenue victime à son tour. D’ailleurs certaines inscriptions sur les murs menacent ouvertement les kurdes du même sort que les Arméniens. Les violentes déclarations du premier ministre Davutoglu vont dans le même sens. Pour ne citer qu’un exemple :à Cizre 60 civils kurdes réfugiés dans des caves de 2 immeubles ont été brulés vifs, (https://www.youtube.com/watch?v=BAteWaVJi9g), l’armée tire sur des civils portant un drapeau blanc…

Des liens anciens entre Israel et l’Azerbaïdjan
Comme l’explique dans un article récent publié dans al-monitor.com E. Sneh (Dr, ancien général et voix influente à la Knesset), Azerbaïdjan et Israel sont des alliées stratégiques depuis 1993. Il précise que de nombreux juifs y ont des positions importantes tandis que de nombreux Azéris auraient immigré en Israel qui achète 40% de son pétrole à Bakou. Son article est clairement orienté contre l’Arménie et n’hésite à proférer des contre vérités. Il s’étonne de l’absence de réaction d’Israel dans le récent conflit dans le Haut Karabagh.
Quant à l’Azerbaïdjan nous savons qu’il a agressé le Haut Karabakh au début du mois et qu’un cessé le feu, fragile, s’est instauré grâce aux Russes. Cette agression s’est faite naturellement avec l’accord de la Turquie, les liens étant très étroits entre les 2 pays.

En 2012 Israel a signé un accord pour vendre à l’Azerbaïdjan 1, 6 milliard de matériel militaire, ce faisant il ne pouvait ignorer quel pourrait en être l’usage. Le 4 avril un drone HAROP a détruit un autocar transportant des soldats arméniens et en a tué entre 5 et 7. De plus, Israel a également vendu des drones de surveillance de type THUNDER B. Enfin, il est apparu qu’il avait aussi vendu des missiles SPIKE destinés à détruire, ce qui a été fait, des tanks. Jusqu’alors on savait seulement que l’Azerbaïdjan avait acheté des missiles de ce type en version marine. Finalement il est clair que, d’une certaine façon, Israel est complice de cette guerre qui tue non seulement des militaires mais aussi des civils.
Sa complicité est dans un certain sens double et ce tout d’abord en ne reconnaissant pas le génocide des Arméniens.

Quel est le regard israélien sur le Génocide des Arméniens?
Dans une lettre cinglante en 2001, le professeur Charny (actuellement directeur exécutif de l’Institut de l’Holocauste et du Génocide à Jérusalem) s’adressant à Shimon Perez, alors ministre israélien des Affaires étrangères, écrivait: « Vous avez franchi une frontière morale qu’aucun Juif ne devrait se permettre d’outrepasser… En tant que Juif et Israélien, j’ai honte de constater l’étendue de votre engagement dans les rangs des négationnistes actuels du génocide arménien, comparable à la négation de l’Holocauste. »

Plus récemment, le 26/10/2014, Haaretz a écrit « vendre des armes à un gouvernement commettant un génocide est comme la vente d’armes à l’Allemagne nazie lors de la deuxième guerre mondiale ».

Mais le texte le plus percutant est encore de Israel Charny qui dit combien il a honte d’apprendre ces morts par du matériel militaire israélien. Il précise aussi « Pendant des années, nous, les Israéliens – gouvernés par les Travaillistes ou par le Likoud – avons insulté et blessé le peuple arménien en ne reconnaissant pas officiellement et formellement son génocide. … À mes collègues et amis arméniens, je ne peux que dire qu’en tant que Juif et en tant qu’Israélien, je suis mortifié – et en colère. »

Pour sa part la communauté juive de Milan le 8 avril dernier a manifesté sa proximité, son amitié et sa solidarité, à l’égard de ses amis arméniens de Milan, d’Italie et du Nagorny-Karabagh. «Nous condamnons les opérations agressives et préméditées de l’Azerbaïdjan le long des frontières du Nagorny-Karabagh, petite enclave arménienne, contre des zones habitées par des civils pacifiques. »

Qu’en est-il des relations Turquie-Israel?
Nous savons qu’en conséquences de l’abordage, en domaine maritime international, de la « flottille de la liberté » pour Gaza (2010), par les israéliens les relations avec la Turquie s’était refroidies. Mais le temps est passé, les turcs ont obtenus des excuses de la part de B. Netanyahu, reste à obtenir l’indemnisation et la levée du blocus de Gaza. Pas plus tard que le 7 avril dernier une rencontre à haut niveau à eu lieu à Genève, après une autre à Londres, donc le dialogue est en cours.
Les turcs sont intéressés par le gaz israélien et comme ils ne sont plus en très bonnes relations avec les Russes les choses devraient s’arranger.

Quel avenir se prépare?
Malgré le cessé le feu, la situation est inquiétante après la déclaration (03/04/16), de R. T. Erdogan «Nous soutiendrons l’Azerbaïdjan jusqu’au bout », d’autant que A. Davudoglu déclarait, 2 jours après, que la Turquie serait aux côtés du « frère azerbaïdjanais jusque’à l’apocalypse ».
Coté Israélien, il est peu probable, d’une part que les Palestiniens s’y retrouvent et, d’autre part que la reconnaissance du génocide des Arméniens intervienne. Jusqu’à présent, celle-ci a été, politiquement, utilisée par Israel comme une menace, c’est le terme utilisé, à l’égard de la Turquie.

Décidément Israel mène des activités politiques et commerciales où le mot éthique n’a pas sa place, il est ignoré, voire méprisé. A de multiples reprises il a été écrit (Général V. Desportes, par exemple), que DAESH a bénéficié d’aide militaire, financière, de soins médicaux de la part des israéliens.

Sur le silence israélien devant ce que E. Sneh qualifie, malgré les preuves contraires, « d’agression arménienne » , il nous propose une clef pour le comprendre. Selon lui le gouvernement israélien veut éviter des comparaisons entre le Nagorno-Karabakh qu’il considère comme occupé par l’Arménie et et la Cisjordanie (West Bank) effectivement occupée par Israel.

Professeur G. Sirkegi

21 avril 2016

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