De quoi le Président d’Israël est-il le nom?

Lorsque Mr RIVLIN était le président de Knesset nous étions satisfaits de pouvoir citer son combat pour la reconnaissance du Génocide Arménien. Son combat n’avait pas abouti, nous le regrettons. Pourtant, d’autres, plus connus que moi, l’ont dit et écrit: si le Génocide Arménien avait été reconnu avant la Shoah il est bien possible qu’elle ne se serait pas produite. Plus, il est également connu que bon nombre d’officiers allemands qui s’illustrèrent dans l’encadrement de l’armée Ottomane pendant le Génocide ont fait des carrières « brillantes » dans l’Allemagne nazie et furent partie prenante dans la solution finale voulue par Hitler. En somme, ils se sont fait la main sur les Arméniens et ont continué leur œuvre sur les Juifs.
Or, dans son discours à l’Assemblée Générale de l’ONU, le 28 janvier dernier, Mr RIVLIN, désormais Président d’Israël, n’a pas employé, à propos des Arméniens, le mot Génocide, mais le mot «massacres », à l’occasion de la Journée internationale de commémoration dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste. L’emploi de ce mot enrobé dans un discours qui était, a-t-on dit, remarquable avec des phrases très touchantes, faisant preuve d’empathie envers la souffrance du peuple arménien, n’en constitue pas moins une traitrise.
Ce n’est pas peu, mais il y a pire. En effet, il n’a pas hésité à employer le terme de génocide dans le contexte du village de Khodjalu du Nagorno-Karabagh. C’est un infâme sacrilège qui s’ajoute à la traitrise.
Que s’est-il donc passé à Khojali (=Khodjalu il existe différentes orthographes), les 25/26 février 1992, où les azerbaïdjanais accusent les arméniens d’avoir massacré 613 civils azéris ?
Pour trouver des éléments de réponses il faut se reporter à des déclarations et témoignages publiés à l’époque.
Par exemple Aiaz MUTALIBOV, Président de la République en exercice, a déclaré dans une interview à une journaliste tchèque (D. Mazalova), « … la milice du Front national azerbaïdjanaise a entravé activement et, de fait, empêchée l’évacuation de la population civile locale de la zone d’opérations militaires par les cols qui avaient été délibérément ouverts par les arméniens du Karabakh » (Interview publiée le 02/04/1992 dans le journal russe Nezavisimaya Gazeta).
L’ONG Helsinki Watch a publié en septembre 1992 « Une Azerbaïdjanaise confirme que les Arméniens avaient fait savoir à la population civile azerbaïdjanaise de Khojaly qu’elle devait quitter la ville en arborant des drapeaux blancs. En fait la milice azerbaïdjanaise a abattu ceux qui tentaient de s’enfuir. »
Le cameraman azerbaïdjanais Chingiz Mustafaev a fait deux films à 2 jours d’intervalle, la seconde fois il a remarqué que la position des corps sur le terrain était changée et que certains cadavres avaient été défigurés. Le Président MUTALIBOV lui avait dit « Chingiz, ne parlez à personne de ce que vous avez remarqué. Ou vous serez tué ». Chingiz en a parlé et a mystérieusement disparu près de Aghdam. Qu’en conclure?
Le commandant Ala Yakub, avait déclaré que : « … Il pourrait faire toute la lumière sur le massacre commis près de Nakhijevanik (un village arménien près de Khojalu), ainsi que donner des détails suffisants sur la chute récente de l’hélicoptère sur le Karabagh, avec à son bord des personnages d’État ». Ce que l’on sait c’est que le Front populaire azerbaïdjanais, en arrivant au pouvoir l’été 1992, l’a arrêté et il est mort en prison…
Pour terminer, mais il y a d’autres témoignages allant dans le même sens, le militant des droits de l’homme azerbaïdjanais, Arif Yunusov, a écrit dans un journal azerbaïdjanais, en juillet 1992 (Zercalo), « La ville et ses citoyens ont été délibérément sacrifiés dans un but politique. »
Le célèbre photographe azerbaïdjanais Riza, chaque fois qu’il en a l’occasion, en profite pour stigmatiser les Arméniens à qui il attribue, sans preuves, bien au contraire, cette action honteuse. Mais il plait au Prince et à ses courtisant!
A la lumière de ces informations les propos de Mr RIVLIN n’en sont que plus choquants. Certes, comme Mr Obama, il prétend ne pas avoir changé d’avis par rapport à ce qu’il déclarait auparavant, à savoir qu’il s’agissait bien d’un génocide. Mais il ne le dit pas !
Mais alors pourquoi apparaitre, par cette déclaration, comme l’homme des belliqueux et agressifs azerbaïdjanais?
Pour leur vendre encore plus d’armement ?
Pour complaire au ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Lieberman dont l’opinion sur le génocide des arméniens est à géométrie variable ?
Il est évident que cette façon de présenter les choses du Président RIVLIN à été fort appréciée à Bakou.
Voici ce qu’écrivait il y a 100 ans Avshalom Feinberg, (membre important du mouvement juif clandestin le Nili, qui a coopéré avec les Alliés pendant la Première Guerre mondiale) : « Mes dents ont grincé d’inquiétude, qui sera la prochaine victime ? Car en marchant en terre sainte et sanctifiée sur le chemin de Jérusalem, je me suis demandé si nous vivions bien à notre époque, en 1915, où à l’ère de Titus ou de Nabuchodonosor ? Moi, le juif, ai-je oublié que je suis juif ? Je me suis demandé si j’étais en droit de ne pleurer que sur la tragédie de mon peuple, et si le prophète Jérémie n’avait pas aussi versé des larmes de sang pour les Arméniens ? »
On sait ce qui arriva…
Le 31 janvier dans une intervention au Musée Komitas d’Erevan le professeur Yair Auron profondément choqué par le discours de Mr RIVLIN a déclaré : « Mes frères arméniens, laissez-moi m’excuser au nom et de la part de nombreux juifs israéliens. Nous sommes avec vous. Nous continuerons notre lutte jusqu’à ce qu’Israël reconnaisse le génocide arménien. »
Une chose est désormais certaine:  la Turquie et Israël se retrouvent, en 2015, sur le terrain de la non-reconnaissance. Ce qui n’est guère à l’honneur de ce dernier pays dont le Grand Rabin a reconnu le Génocide.
Professeur G. SIRKEGI
15 février 2015