ETRE A ISTANBUL LE 24 Avril 2015?

SUIS-JE UNE FEUILLE DE VIGNE COMPASSIONNELLE ?
Je viens de relire l’article de Rose Sarkissian publié dans Nouvelles d’Arménie Magazine, N° 215 (Février 2015), pages 36-37.
Autant je puis comprendre la critique portée sur l’absence de politique de communication au niveau de l’événement de la part du gouvernement arménien, autant je puis comprendre les critiques relatives au comportement des membres de l’ANZAC, et d’autres pays, qui vont participer aux commémorations de la victoire turque, autant je suis choqué que, dans sa conclusion, dans le dernier paragraphe, elle s’adresse (« moins graves mais regrettables ») à ceux « qui veulent commémorer le génocide le 24 avril 2015 à Istanbul ». Ils ne seront écrit-elle « que la feuille de vigne compassionnelle d’un show international négationniste… ».
Un tel jugement de valeur, qui n’apporte rien au fond de son article, ne devrait pas y avoir sa place, d’autant qu’il n’est nullement argumenté. Car, enfin, jusqu’à plus ample informé, c’est bien à Istanbul que le génocide a débuté. C’est bien à Istanbul que des turcs courageux, qu’ils fussent ou non d’origine arménienne, ont, après l’assassinat de Hrant Dink, commencé, en 2010, à commémorer l’anniversaire du 24 avril. Ils l’ont fait en connaissance des risques encourus. Ils ont fait avancer la cause de la reconnaissance principalement en Turquie, au moins autant que ceux qui manifestent, sans aucun risque, à l’extérieur de ce pays.
Un tel jugement de valeur est injustifié, injustifiable et méprisant pour ceux qui feront le voyage. Nous serions en somme des complices de ce « show international négationniste », voire des idiots utiles, c’est intolérable. Sur cette partie de ce papier, de tels propos sont inadmissibles. Sans cet événement seule existerait la commémoration (si s’en est une?) de Gallipoli.
Ne devons nous pas montrer notre solidarité avec les manifestants en Turquie, et de Turquie, pour que la véritable l’histoire soit connue ?
Notre présence à Istanbul va contribuer à faire prendre conscience, sur place, aux ignorants de leur histoire qui sont si nombreux, que la République turque s’est construite sur le sang arménien. Seul le dialogue permettra de briser « ces murs qui séparent Turcs et Arméniens » (Hasan Cemal, p. 226).
Depuis de longues années je lutte pour la reconnaissance du génocide, contre le négationnisme.
Je serais, ne vous déplaise, à Istanbul le 24 avril 2015, j’en suis fier et j’espère que nous serons très nombreux.
Professeur G. SIRKEGI 16/04/2015