Dans l’attente du 100 e

Bientôt 100 ans

Dans quelques jours nous commémorerons le 99ème anniversaire de la rafle des intellectuels Arméniens à Istanbul, le 24 avril 1915, les trois quarts de la population arménienne, dont 500 000 enfants, allaient être anéantis avec une sauvagerie dont seul l’homme est capable. Le premier Génocide du vingtième siècle débutait.

Dieu merci il y a eu des survivants, l’Arménie existe, la diaspora, dispersée dans le monde entier, est d’une grande vitalité.  Les Ittihadistes n’ont pas atteint complètement leur but qui était de faire disparaître ce peuple de la surface de la Terre. Certes, ils ne sont plus guère nombreux dans cette Arménie Occidentale qui reste leur terre d’origine. Et pourtant, malgré leur islamisation forcée, certains retrouvent leurs racines chrétiennes. Et c’est grâce à eux que l’on a, enfin, pu connaître le fameux code racial qui reste en vigueur dans la République Turque.

Incontestablement, la République s’est fondée sur le sang des Arméniens, mais aussi sur leurs richesses puisqu’ils furent entièrement spoliés. Cet accaparement de leurs biens était prémédité, il ne s’agit nullement d’une conséquence comme on pourrait le croire, mais bien d’une cause, c’est ce que montrent les travaux récents de T. Akçam, H. Kurt, F. M. Göçek ou encore U.U. Ungör, pour n’en que quelques uns.  Un ouvrage a d’ailleurs été écrit par un auteur turc sur ce sujet de l’origine arménienne, douteuse et peu glorieuse, de grandes fortunes actuelles, mais il n’a pas pu jusqu’alors être édité…

 Les derniers survivants ont disparu, mais la mémoire est présente, les témoignages sont légion, les travaux historiques se multiplient, y compris par des chercheurs  turcs qui ont droit à notre admiration, tant pour leur courage que pour la rigueur de leurs recherches.

Le meurtre de Hrant DINK à ouvert une porte et délié la parole, mais, comme l’a dit Taner Akçam en réponse à une question qui lui a été posée lors d’une conférence à Los Angeles le 18 avril 2010 « Il a fallu 40 000 morts pour que le problème kurde vienne sur place publique, combien en faudra-t-il encore pour la reconnaissance du Génocide des Arméniens ? ». Il existe des livres en turc sur le Génocide, le dernier en date à être publié est celui de R. Kévorkian, donc les choses évoluent, mais doucement.  J’ai vu en vitrine d’une grande librairie sur Istiqlal cad., une Bible en Arménien. J’ai vu, ailleurs, des livres en arménien dans des librairies. Nombreux sont les turcs qui savent, mais ne parlent pas, en particulier à l’Est d’Ankara, mais nombreux aussi sont ceux qui ne peuvent pas savoir en raison d’un enseignement négationniste enraciné dès le plus jeune âge. De plus, non seulement on a menti sur l’histoire, détruit la mémoire mais aussi démoli des monuments susceptibles de la raviver…

Certes R. Zarakolu le grand éditeur est régulièrement emprisonné sous des prétextes fallacieux. De même Sevan Nişanyan, intellectuel brillant est condamné, avant tout,  parce qu’il est d’origine arménienne. Son ouvrage « La fausse république. 51 questions sur Atatürk et le kémalisme » n’y est pas pour rien non plus.   La justice ne s’écrit pas en turc avec un « j » majuscule, article 301 oblige ! Jusqu’à une date récente les écoliers turcs répétaient à l’envie à propos d’Atatürk la formule culte, « Si Tu n’avais pas existé, je n’existerais pas » lui conférant ainsi  la dimension d’un Créateur. Si R. T. Erdogan l’a supprimée c’est avant tout en opposition à Atatürk. Son nationalisme exacerbé, enflammé, il en  fait sa machine de guerre pour se maintenir au pouvoir.  

Il faut s’attendre à une longue bataille pour la reconnaissance, mais elle est en marche. Les manifestations à Istanbul à l’occasion du 24 avril ont commencé il y a 2 ans et elles vont continuer.

Ami lecteur si, comme moi, vous y croyez, si  vous pouvez y aller, faites-le !

G. SIRKEGI , 19 avril 2014