Turc des montagnes=kurde=arménien=terroriste dans la Turquie de Erdogan !

Voici une étrange équation qui est due, selon un article de Ayse Yildirim du journal Cummuryiet du 24/09/2015 ( Hâkimeye göre: ‘Kürt yok Ermeni var’), à une juge turque identifiée par ses initiales S. A. dans un tribunal non précisé.
Il n’est pas inutile de rappeler que le Traité de Lausanne fondateur de la République Turque en 1923 a reconnu à tous les habitants de Turquie, dans son article 38 (Section III : Protection des minorités), « pleine et entière protection de leur vie et de leur liberté, sans distinction de naissance, de nationalité, de langue, de race ou de religion ».
Hamza Bulut, le premier prévenu (les 25 autres auront le même comportement), a déclaré : « Je suis kurde, pour me défendre mieux je vais parler kurde qui est ma langue maternelle et c’est pour ça que je demande à être assisté d’un interprète ».
Ce qui a mis la juge hors d’elle, sa réponse a été : « Il n’y a pas de kurdes, vous êtes turc, il n’y a rien comme la langue kurde vous avez étudié dans les écoles de la nation, vous avez mangé son pain. Parlez turc ! Ne piétinez pas la nation vous êtes des terroristes, vous êtes en train de trahir, vous êtes des arméniens ».
Ce à quoi Hamza a répondu « Oui nous sommes Arméniens, Arabes, Turcs, Kurdes et nous sommes ici. Nous allons nous défendre dans notre langue maternelle ». La juge S. A. s’est alors retournée vers le soldat de garde et lui a dit « Jetez dehors tous ces gens là, tous les jours ils tuent nos camarades, ils tuent nos policiers, moi, tout en étant une femme je suis en train de me bagarrer et, vous, vous regardez ça comme un spectateur. Ceux-ci aussi sont des Arméniens si on ne prend pas des précautions maintenant qui sait comment la situation peut tourner ? ».
Durant les 3 jours du procès les prévenus ont maintenu leur demande, le militaire qui était resté immobile le premier jour les a, par la suite, expulsés de force.
Cette équation est symptomatique d’un état d’esprit qui se développe suite aux élections perdues par R. T. Erdogan.
A CIZRE pendant le blocus des 4-12 septembre dernier de nombreux témoins ont rapporté avoir entendu des forces de l’ordre hurler : « Vous êtes tous des Arméniens, nous allons vous tuer tous ».
Burhan KOUZOU, professeur de droit constitutionnel , et conseiller du Président Erdogan, a déclaré « Il faut absolument examiner le corps des terroristes qui ont été tués [ils seraient 42], et vous allez voir que la majorité n’est pas circoncis ».
Que ce soient les membres de la justice, ou des forces de l’ordre, ils considèrent que « Chaque kurde est du PKK et chaque membre du PKK est un Arménien ». Jadis on proposait d’envoyer les communistes à Moscou désormais on se propose d’envoyer les « terroristes » à Erevan !
100 ans après le Génocide les Arméniens sont de nouveau officiellement menacés en Turquie. La bête immonde n’est pas morte, le pouvoir se charge de l’alimenter, triste constat !

Professeur SIRKEGI

4 octobre 2015

KESSAB

Après une tentative sans grand succès, de création d’une « Newsletter » sur ce site nous avons décidé de créer un blog d’actualité. De cette façon, si nos lecteurs ont envie de voir naître une lettre, à périodicité aléatoire, il leur faudra nous le suggérer.

Ce blog se propose de donner des informations sur l’actualité récente. Les médias classiques font de l’audience, pas de l’information, ils se recopient servilement pour transmettre des dépêches d’agences qui ne font plus un travail de terrain ou d’investigation à de rares exceptions près.
Voici donc quelques informations et commentaires sur l’actualité récente concernant Kessab. Pourquoi ce choix ? Tout simplement parce que, comme le dit Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie et directeur GREMMO, l’enjeu dissimulé derrière cette bataille « officiellement » menée pour s’emparer d’un poste frontière, « c’est une stratégie d’épuration ethnique à l’égard de la population arménienne de Kessab ».
En premier lieu il faut savoir que récemment la Turquie a créé « un comité d’Etat pour la prévention de la reconnaissance du génocide ». Les analystes s’attendent à ce que la Turquie augmente le degré d’agression contre les Arméniens. Il est probable qu’entre dans cette stratégie en « avertissement » aux Arméniens l’envahissement de Kessab (ou Kasseb selon les transcriptions), en Syrie. Cette ville a été fondée par des rescapés du génocide. C’est la 4ème fois en 100 ans selon Abram Abraham que le peuple arménien se voit obligé d’abandonner Kasseb, et, chaque fois, la Turquie y était d’une façon ou d’une autre impliquée.
Le 21 mars dernier, la ville de 3500 habitants environ (dont 2000 descendants des réfugiés arméniens), situé au nord de la Syrie a été prise d’assaut par le Front islamique, le Mouvement Cham al-Islam, les brigades Ansar al-Cham et le Jabhat al-Nusra. Le nom de l’opération qu’ils ont donné est « Anfal » (le butin), il fait référence à la sourate 8 du Coran et est tout un programme.
C’est , de toute évidence, volontairement que la Turquie a laissé entrer les djihadistes, qui parlaient turcs le plus souvent. La frontière est ici une véritable passoire comme le montre cette vidéo mise en ligne par le site web turc Haber sol:
http://haber.sol.org.tr/devlet-ve-siyaset/iste-akpnin-el-kaideye-desteginin-kaniti-yayladagindan-ellerini-kollarini-sallayar
De toute façon il est connu, dès lors que l’on consulte d’autres informations que celles des médias « mainstream », que les projecteurs des miradors sont éteints la nuit sur la frontière turco-syrienne…
Ceux qui ont eu l’occasion de franchir les frontières terrestres de la Turquie savent ce n’est JAMAIS le cas, les contrôles sont normalement sérieux, efficaces et parfois tatillons.
En avez-vous entendu parler à la radio ? A la télévision ? Seul France 24 y a fait allusion…
Mais le plus désolant, ou pitoyable, est le communiqué sur la « situation à Kassab » du Quai d’Orsay qui date du 31 mars :
« Nous suivons avec inquiétude la situation à Kassab où de nombreux habitants ont été contraints à la fuite. Nous condamnons les bombardements menés par le régime et appelons au respect par toutes les parties du droit international humanitaire. »
Vous noterez que seuls les bombardements du régime sont condamnés, pas l’attaque. Il faut dire que la France apporte une aide logistiques à « l’armée syrienne libre », tout comme le Qatar et l’Arabie Saoudite, il n’y a pas à en être fiers. Ce qui n’exonère pas, pour autant, le président syrien de ses excès.
Des intellectuels turcs ont courageusement dénoncé cette situation par exemple Ragip Zarakolu et Sait Cetinoglu, ce dernier écrit « … Kessab était un véritable paradis sur terre. Quel dommage que rien ne restera de cette beauté. Il y a des témoignages disant que le pillage est coordonné à partir de la Turquie.
Vous pouvez signer une pétition sur :
https://secure.avaaz.org/en/petition/United_Nations_SecretaryGeneral_Ban_Kimoon_Prevent_Armenian_Genocide_in_Kessab_Syria/?awhfOgb
G. SIRKEGI 16 avril 2014