GENOCIDE 1915-2015………….  2115 ?
L’Allemagne dans la reconnaissance du  Génocide des Arméniens … Nous sommes, enfin arrivés au terme d’une longue histoire en ce jour 2 juin 2016 le Bundestag vote unanimement sur un texte intitulé : « Souvenir et commémoration du génocide des Arméniens et d’autres minorités chrétiennes il y a 101 ans ».  C’est l’épilogue d’une longue histoire en effet jadis la  chancelière A. Merkel n’avait pas voulu entendre parler de la reconnaissance ou de la pénalisation du négationnisme du Génocide des Arméniens bien que 157 000 de ses compatriotes avaient estimé, dans une pétition, qu’il faudrait le faire. L’histoire débute dès Guillaume II dont le calcul fut de pénétrer l'empire ottoman et de s'implanter dans les territoires arabes. En effet cette partie orientale, échappait encore aux poussées colonialistes des Britanniques et des Français. Certes  le territoire turc avait déjà subi des avancées territoriales de l'empire russe - notamment dans le Caucase-  à partir de l'agrandissement de la province d'Arménie au détriment des Turcs, en 1878. Période du génocide  Ceci amène assez logiquement à se poser la question de son rôle en Turquie ottomane dans la période 1915-1916, où elle était militairement présente. C'est finalement  depuis peu de temps, que les ressorts profonds de "l'idéologie allemande" de l'extermination font l'objet d'un intérêt.  Certains se réfèrent aux mémoires du maréchal allemand Liman von Sanders, inspecteur général des armées du sultan ayant exercé des fonctions de commandement dans l’armée ottomane, par ailleurs suspecté de crimes de guerre. Il a certes reconnu que « Il est hors de doute que les expulsions et la déportation des Arméniens furent accompagnés d’excès terribles, et d’actes d’une sauvagerie inqualifiable  ». Il a confirmé que le mot d’ordre « La Turquie aux Turcs » a déclenché ce grand crime contre l’humanité. Cependant, il ajoute, ais-je lu, que les Allemands, parfaitement civilisés, eux, enrôlés dans l’armée turque, n’ont pu avoir une part de responsabilité dans ces actes. Ce maréchal devait avoir la mémoire courte, même s’il est avéré que la plupart des consuls allemands et leurs témoins oculaires d’Allemagne se sont émus des massacres des Arméniens qui se perpétraient en 1915. Mais l’Allemagne qui aurait pu faire cesser les massacres ne l’a pas fait, il s’en faut de beaucoup. A titre d’exemple il suffit de citer la réponse à un télégramme provenant de l’ambassadeur d’Allemagne Wolff-Metternich, demandant au chancelier Bethmann Hollweg moins de considération pour la Turquie, et davantage de soutien moral envers les Arméniens. Bethmann Hollweg répond : « Notre seul objectif est de maintenir la Turquie à nos côtés jusqu’à la fin de la guerre, peu importe que cela ait pour résultat que les Arméniens périssent ou non. » L'ambassadeur d'Allemagne à Constantinople, Hans Freiherr von Wangenheim, déclare certes qu'il "ne fera rien pour [aider] les Arméniens", tandis que le général Fritz Bronsart von Schellendorf, vice chef d'état major ottoman, signe des ordres de déportation dans lesquels il demande que de "sévères mesures" soient prises à l'encontre des bataillons de travail arménien. « Pacha nous demande de ne pas intervenir dans les déportations, et je soutiens cette requête", déclarait l'ambassadeur von Wangenheim. D’après Dadrian d’autres officiers allemands ont participé encore plus directement au génocide. A Urfa, près de 25 000 Arméniens, craignant la déportation et le massacre, s’étaient barricadés et avaient réussi à repousser l’infanterie turque : le commandant Wolffskeel, officier de l’artillerie allemande, intervint et transforma leur quartier en un tas de décombres. Proche collaborateur du général Bronsart et chef d’état- major de la IIIe armée ottomane, basée dans les six velayat de l’est du pays, où se concentrait la population arménienne, Félix Guse a activement encouragé la déportation des Arméniens, dénonçant ces derniers comme des « traîtres » et des « ennemis de l’intérieur ».  L’attaché naval allemand à Constantinople Humann avait écrit en juin 1915: « En raison de leur complot avec les Russes, les Arméniens sont plus ou moins exterminés. C’est dur mais nécessaire. » Les généraux allemands présents sur place ont été nombreux à rejoindre les rangs nazis. C'est le cas par exemple de Rudolf Höss, qui a ensuite commandé le camp d'Auschwitz. Interrogée par "Libération", la politologue Ayata Bilgin, de l'Université libre de Berlin, explique que l'Allemagne a "toujours détourné le regard de la question arménienne", au sens propre comme au figuré : En 1915, les officiers allemands présents sur place étaient les premiers témoins du drame et avaient fermé les yeux. Et, depuis, en refusant jusqu'à aujourd'hui de qualifier le massacre de génocide". Pour finir il faut aussi se souvenir que ce n’est pas par hasard que les responsables du CUP ont fuit Constantinople d’abord avec un sous-marin puis,sur le yacht du Consul d’Allemagne pour échapper à leur procès. Ouvrage de  Wolfgang et Sigrid Gust (2005). Toute une série de documents, inédits, ont été publiés dans un ouvrage dont le titre en français est : « Génocide arménien 1915-1916 : choix de documents extraits des archives politiques du ministère allemand des Affaires Etrangères » par Wolfgang et Sigrid Gust (2005). Cet ouvrage de 800 pages (en version allemande, en fait 650 en version anglaise), a été traduit en turc par Zekiye Hasançebi et A. Takcan, Alman Belgeleri Ermeni Soykırımı 1915-16 – Alman Dışişleri Bakanlığı Siyasi Arşiv Belgeleri, aux éditions Belge Yayınları, 2012 (Istanbul). Dans une première partie l’ouvrage compile des documents qui témoignent du génocide. Pour la plupart des consuls et leurs informateurs, il n’y a aucun doute que toutes les actions visent à un anéantissement complet du peuple arménien.Ensuite, la deuxième partie, résume des affirmations, hésitations et agissements politiques des Allemands à l’ambassade d’Allemagne à Constantinople.La troisième partie aborde les agissements d’officiers allemands importants à l’encontre du peuple arménien, incluant même les ordres allemands de déportation.Enfin la dernière partie détaille l’action politique allemande à Berlin et Constantinople, culminant dans la conclusion que l’Allemagne a une claire coresponsabilité dans le génocide arménien. Il apparait que les Allemands acceptèrent finalement la déportation de tous les Arméniens (excepté ceux de Constantinople), y compris les femmes et les enfants, en sachant qu’ils étaient conduits à la mort. Interview de Wolfgang Gust 2008  Dans une interview titrée « Il est possible que la responsabilité de l’ordre de déportation générale de 1915 incombe à l’Allemagne. » parue (http://armeniantrends.blogspot.fr/2009/02/wolfgang-gust- interview.html) de Wolfgang Gust par Toros Sarian traduite par Georges Festa  et parue en 2008 on peut lire entre autres : le lieutenant-colonel Böttrich - signa des ordres de déportation d’Arméniens pour qu’ils travaillent sur le chemin de fer du Bagdad. Or si les Allemands avaient l’armée sous leur commandement, conformément à la « conduite générale » de l’armée, ils furent donc responsables des ordres donnés à cette armée concernant les questions militaires. Wolfgang Gust : Il est possible que la responsabilité de l’ordre de déportation générale de 1915 incombe à l’Allemagne. Jusqu’à maintenant les historiens estimaient que les Allemands avaient conseillé la déportation des Arméniens en dehors de la zone de guerre. Or maintenant on peut voir plus qu’un ordre dans ce. conseil, même si l’ordre émanait et était signé par un officier turc. … Nous savons que certains officiers allemands haïssaient les Arméniens… En 2010 Stefan Taschjian a intenté un procès afin que l’Allemagne reconnaisse le génocide. Il a rappelé que :« J’ai présenté des documents du ministère allemand des Affaires étrangères après avoir eu une conversation avec le ministre arménien des Affaires étrangères à Erevan, en décrivant les massacres perpétrés par des soldats allemands dans les villes de Urfa et Zeitoun, et les coups de feu du commandant de l’armée allemande sur des maisons d’Arméniens pour faciliter l’entrée des Turcs ». Nous n’avons pas trouvé trace du résultat de la démarche. Ragip Zarakolu, le 9 août 2012, dans « Opinion » a publié un texte dans lequel il rappelle que« Le Comité Union et Progrès (CUP) a confié aux Allemands la tâche de réorganiser l’armée ottomane dévastée, et, en instaurant une politique de violence impitoyable dans l’armée, a essayé d’établir une discipline apparentée aux méthodes prussiennes. » Par ailleurs il voit dans l’organisation des routes de migration forcée « la contribution du militarisme prussien à la préparation de ces plans. » Il s’interroge aussi sur le fait que « de nombreux officiers allemands, qui étaient commandants dans l’armée ottomane, ont plus tard participé à l’instauration du fascisme en Allemagne et au Putsch de la Brasserie mené par Hitler en 1923. » Stefan Ihrig 2014 Les thèses extrêmement bien argumentées du jeune et brillant historien Stefan Ihrig (2014 Belknap press, Atatürk in the nazi imagination et Justifying Genocide, Germany and the Armenians from Bismarck to Hitler)  montrent à quel point les responsables allemands étaient informés des menées génocidaires des Jeunes Turcs entre 1915 et 1917. Jaochim Gauck, 23 avril 2016 Sachant que de nombreux documents montrent combien l'Allemagne impériale était au fait de ce qui se passait l'historien allemand Rolf Hosfeld s'était  étonné, dans un entretien avec la radio autrichienne, que son pays mette autant de temps à reconnaître le génocide.  « Nous devons également, nous Allemands, faire notre travail de mémoire". Voici ce que pense l’ancien pasteur Joachim GAUK qui est désormais le président de la République fédérale. Il sait que des troupes allemandes avaient été impliquées dans les préparatifs et même la mise en œuvre des déportations aussi peut il en déduire : "Dans ce cas, nous, Allemands, devons encore nous confronter au passé, à la question de savoir si, en fait, il y a une responsabilité partagée, peut-être même une complicité dans le génocide des Arméniens". L'initiative avait obtenu le soutien du gouvernement allemand, après d'âpres débats."Parmi nous, vivent des descendants d'Arméniens et de Turcs avec chacun sa propre histoire. Mais pour une cohabitation pacifique, il est important que tous, nous fassions référence aux mêmes principes explicatifs quand il s'agit de travail de mémoire", a souligné M. Gauck, insistant sur le rôle de l'Allemagne dans le génocide arménien. - L'Allemagne avec l'empire ottoman -"Des militaires allemands" ont "participé à la planification et pour une part à la mise en place des déportations", a-t-il rappelé. "Des informations d'observateurs et de diplomates allemands qui ont clairement établi la volonté d'exterminer les Arméniens ont été ignorées" car le Reich allemand, allié à l'empire ottoman, "ne voulait pas compromettre les relations" avec lui. Joachim Gauck évoque la "coresponsabilité, et même, potentiellement, une complicité [de l'Allemagne] dans le génocide des Arméniens". Il ajoute que des militaires allemands "ont participé à la planification et pour une part à la mise en place des déportations" d'Arméniens : « Des informations d'observateurs et de diplomates allemands qui ont clairement établi la volonté d'extermination contre les Arméniens ont été ignorées", révèle le président allemand. Jusqu’à ce jour 2 juin 2016, l’Allemagne n’avait pas  reconnu par un vote du Bundestag  le génocide des arméniens. Sur les 630 députés du Bundestag seuls un d’entre eux a voté contre et au autre s’est abstenu sur le texte de reconnaissance du génocide des Arméniens par la Turquie ottomane. A l’ouverture des débats le président du Bundestag avait souligné que les députés allemands prenaient leur responsabilité en se prononçant sur une telle résolution. Il a déploré que de « nombreuses menaces, y compris  de mort » avaient visé certains députés antérieurement notamment les élus d’origine turque. Ce fut en particulier le cas de Cem Özdemir 
leader du parti vert qui est l’initiateur  de la résolution qualifiant de génocide les massacres de masse des Arméniens dans l’Empire Ottoman en 1915. Mme Merkel était absente en raison d’autres obligations mais elle s’était déclarée favorable. Toutefois, suite à l’autorisation qu’elle a donnée d’autoriser les poursuites contre Jan Böhmermann la presse allemande s’interroge de savoir si elle est devenue « la marionnette d’Erdogan ». Mais lors d’une conférence de presse la chancelière a déclaré «"Les parlementaires de la chambre basse du Parlement sont élus librement, sans exception, et les accusations et déclarations qui ont été faites en Turquie sont incompréhensibles".   De son coté Aydan Özoguz, la ministre d’Etat déléguée à l’Intégration, d’origine turque, avait décidé de voter le texte. Le texte est intitulé « Souvenir et commémoration du génocide des Arméniens et d’autres minorités chrétiennes il y a 101 ans », le Bundestag « déplore les actes commis par le gouvernement Jeunes Turcs de l’époque, qui ont conduit à l’extermination quasi-totale des Arméniens ».   Il reconnait  « le rôle déplorable du Reich allemand qui en tant que principal allié militaire de l’empire ottoman (…) n’a rien entrepris pour stopper ce crime contre l’Humanité ». Le sort des Arméniens est exemplaire dans l’histoire des exterminations de masse, du nettoyage ethnique, des disparitions, et oui, des génocides qui  ont marqué le XXème siècle de terrible façon ». La Turquie a rappelé son ambassadeur… l’an dernier elle l’avait également fait quand l’Autriche avait reconnu le génocide. L’Allemagne en compte près de 3 000 000 de turcs, près de 400 associations avaient protesté contre cette reconnaissance… Tandis qu’Erdogan pense que le sang des parlementaires d’origine turque devrait être testé ! Finalement la conclusion est claire en ce qui concerne le Génocide des Arméniens : les allemands ont une coresponsabilité. Nous le savions, mais maintenant c’est devenu officiel et des études universitaires ont démontré la réalité des faits. C'est seulement aujourd'hui, depuis très peu de temps, que les ressorts profonds de "l'idéologie allemande" de l'extermination font l'objet d'un intérêt croissant.  Elles vont continuer et c’est très bien ainsi. . L’Allemagne a ainsi proclamé au grand jour la supériorité de la morale sur les intérêts diplomatiques prive-t-elle pour autant la Turquie de tous ses arguments négationnistes ? L’archevêque Aram ATESYAN Vicaire général du Patriarche arménien d’Istanbul  aurait jugé utile de définir le passage de la résolution comme « un abus de la nation arménienne par les forces impérialistes », la nation arménienne le regretterait profondément. Il estime même que « À cet égard, il est inacceptable qu’un parlement, qui a été formé par les votes des citoyens allemands et a le devoir d’établir des lois pour la paix, la prospérité et la sécurité de leur nation, a exprimé son opinion, alors qu’elle n’a pas le droit de le faire . Il est inacceptable que ce Parlement ait légalisé sa décision au nom de toute la nation allemande et se considère comme un juge ». La situation des arméniens à Istanbul et en Turquie n’est pas du tout analogue à celle qui existe dans les pays démocratiques et c’est sans doute pour se protéger que ces paroles ont été dites.