GENOCIDE 1915-2015………….  2115 ?
Le terme est un néologisme, créé par Raphaël Lemkin, à partir du grec « genos », signifiant « race, tribu » et du latin « cide », « qui tue » (Chapitre IX génocide, §I de son ouvrage). Les linguistes n’ont évidemment pas aimé ce mélange gréco-latin ! Un génocide est l'anéantissement délibéré et méthodique d'un groupe d'hommes, en raison de sa race, de son appartenance ethnique, de sa nationalité ou de sa religion, dans le but de le faire disparaître totalement et ce au nom d'un principe raciste ou d'une conception idéologique de ce groupe. Le génocide a pour fondement la discrimination d'une population considérée comme indésirable.  Improprement, le mot génocide est parfois utilisé pour désigner la mort violente et rapide d'un grand nombre de personnes (au lieu de massacre de masse ou d'hécatombe), ou pour la disparition d'un phénomène culturel (ex : le génocide d'une langue). En France, le génocide est puni en tant que crime contre l'humanité. Il est imprescriptible. La Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée le 9 décembre 1948 par l'assemblée générale des Nations Unies, (United Nations, Treaty Series, vol. 78, p. 277),  affirme : Article I: Les Parties contractantes confirment que le génocide, qu'il soit commis en temps de paix ou en temps de guerre, est un crime du droit des gens, qu'elles s'engagent à prévenir et à punir. Article II: Dans la présente Convention, le génocide s'entend de l'un quelconque des actes ci-après, commis dans l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel : (a) Meurtre de membres du groupe; (b) Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe; (c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle; (d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe; (e) Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe.  Article III: Seront punis les actes suivants : (a) Le génocide; (b) L'entente en vue de commettre le génocide; (c) L'incitation directe et publique à commettre le génocide; (d) La tentative de génocide; (e) La complicité dans le génocide. Article IV: Les personnes ayant commis le génocide ou l'un quelconque des autres actes énumérés à l'article III seront punies, qu'elles soient des gouvernants, des fonctionnaires ou des particuliers.   Article V: Les Parties contractantes s'engagent à prendre, conformément à leurs constitutions respectives, les mesures législatives nécessaires pour assurer l'application des dispositions de la présente Convention, et notamment à prévoir des sanctions pénales efficaces frappant les personnes coupables de génocide ou de l'un quelconque des autres actes énumérés à l'article III.   Article VI: Les personnes accusées de génocide ou de l'un quelconque des autres actes énumérés à l'article III seront traduites devant les tribunaux compétents de l'Etat sur le territoire duquel l'acte a été commis, ou devant la cour criminelle internationale qui sera compétente à l'égard de celles des Parties contractantes qui en auront reconnu la juridiction. Article VII: Le génocide et les autres actes énumérés à l'article III ne seront pas considérés comme des crimes politiques pour ce qui est de l'extradition. L’Union soviétique a ratifié le texte en 1954 mais le Sénat américain ne le fera qu’en 1986 grâce au président Reagan, qui, signalons le au passage, a reconnu officiellement le génocide des Arméniens le 22 avril 1981. Ce que beaucoup ont oublié, volontairement ou pas, … http://www.reagan.utexas.edu/archives/speeches/1981/42281c.htm Le texte adopté en 1948 n’est pas celui que R.  Lemkin aurait souhaité voir adopter, mais il fut le résultat, après d’âpres négociations, d’un compromis. Dans le chapitre IX de son ouvrage (Le Pouvoir de l’Axe dans l’Europe Occupée), Lemkin donne des précisions sur les domaines dans lesquels le génocide est mis à exécution à savoir : politique, social, culturel, économique, biologique, physique, religieux, moral.  A la lecture on peut croire lire, à quelques exceptions près,  ce que les Jeunes Turcs ont mis en œuvre pour le génocide des Arméniens. Il faut bien se souvenir que, pour R. Lemkin, il ne fait aucun doute que l’œuvre destructrice de la nation arménienne fut un génocide.  D’ailleurs il le déclare dès les premières minutes de cet enregistrement : http://www.youtube.com/watch?v=uCebMq-GmH4. Par ailleurs, le 20 janvier l949 Raphaël LEMKIN, alors professeur de droit international à l'Université de Yale devait être interviewé à la Radiodiffusion Française dans le cadre l’Université Radiophonique Internationale. Malheureusement, ayant dû repartir plus tôt que prévu, il a laissé le texte de son intervention qui mentionne le génocide arménien autour de 2 mn 42. Ce texte peut être écouté sur : http://www.youtube.com/watch?v=r5pOA133DQo&feature=player_embedded#%21 Le terme de génocide, bien qu’alors non adopté par l’ONU, a été mentionné comme crime contre l’humanité par le Tribunal de Nuremberg en 1945. Il est inclus dans l’acte d’accusation du tribunal de Nuremberg : « Les accusés se sont rendus coupable de génocide délibéré et systématique …. ». L’ONU reprend le terme dans la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948. Il convient de remarquer que certains prétendent que le terme ne s’applique qu’au génocide des Juifs dans l’Allemagne nazie et estiment, pour des raisons de chronologie, qu’il ne s’applique pas au génocide des Arméniens par les jeunes Turcs de l’Empire ottoman. L’argument est fallacieux puisque  dans les 2 cas l’adoption officielle du  terme qualificatif est postérieure aux faits. L’argument n’est donc pas recevable et de mauvaise foi. Mars 2013 Professeur SIRKEGI